
Monochromes, Etienne BOSSUT,CRAC LR,Sète
Mille, bien sûr
Il semblerait qu’elles nous envahissent, par le parler, par le (dé)peindre, par le sentir, par le toucher aussi. Les nuances sont liées aux sens, excessivement et pourtant en douceur, elles viennent ajouter, extraire, différer, déplacer, brouiller. Elles sont aussi nombreuses qu’uniques, et c’est bien là le problème. Irrémédiablement, ta nuance n’est pas la mienne, et lorsque tu m’en fais part c’est pour mieux me dire à quel point, fût-il infinitésimal, nous ne sommes vraiment pas les mêmes. Tu cherches à convaincre pourtant, soit pour me persuader que nos différences sont minces, soit pour distinguer que nos perceptions ne sont pas éloignées. Car nuance, il en faut peu pour nommer cette teinte de ciel qui nous surplombe, ce fumet velouté qui excite nos papilles…
C’est agaçant les nuances, mais indispensable aussi.
(…}
Ramon TIO BELLIDO
“Fonctions critiques”, quelques impressions diversement manifestées
D’abord, est-ce que ça se critique, une expo qui a pour titre « Fonctions critiques… » ?
Dans un environnement où l’on n’a pas très souvent l’occasion de profiter d’un travail d’universitaire engagé professionnellement sur le sujet, je veux citer Manuel Fadat, le commissaire, porteur aussi de la revue Los flamencos no comen, même si l’opération est présentée comme un commissariat transversal où l’équipe pilier de l’association Aperto a participé de tous ses talents, on ne peut que se réjouir qu’une telle opération ait pu être accomplie.
Ont été judicieusement associés à la réflexion Aline Caillet et son essai Quelle critique artiste ?…
(…)
J’ai marché à la pièce de Kendell Geers, cette petite vidéo hypnotique avec le mot FUCK (comme parfois une grossièreté devient salutaire pour débrouiller une embrouille civilisée) et d’autres autour – mais je n’ai pas schtroumpfé toutes les expressions anglaises – qui reviennent sur des images pornographiques kaléidoscopées de telle façon qu’elles ont l’air de s’épanouir à partir du centre, un espèce de trou convoquant l’attrait-répulsion de nombre de trous… Je l’ai apprécié d’un coup, comme une respiration brute, en adhésion directe : par ce seul mot FUCK dans ce contexte, était assénée une disposition et (ou) une injonction de jouissance – et une posture politique et artistique globale. Enfin le verbe se fait chair, et quelle chair !
Épuisée, je m’installe devant la vidéo Them de celui qui seul s’affirme en tant qu’artiste politique, nous dit-on, Artur Zmijewski, un polonais fameux, dont je regarde les 26 minutes d’une traite, abasourdie, dans une espèce de joie cynique qu’on pourrait qualifier de mauvaise, si je ne reconnaissais pas ce sentiment qui nous fait aimer de plus belle l’humanité dans sa vérité quand elle déchaîne ses monstres, et à condition qu’il n’y ait pas trop de morts… L’artiste met en présence quatre groupes sociaux polonais divergents auxquels il a demandé de représenter plastiquement leurs convictions : à chaque groupe ses emblèmes et symboles, la croix d’une église, un drapeau polonais, des emblèmes politiques, le mot Pologne en hébreux pour les jeunes juifs, le mot « freedom » pour les jeunes démocrates… On voit donc des images de personnes de tout âge dans un grand atelier utilisant des bombes aérosol de peinture sur des grandes feuilles de papier d’une manière dynamique ; puis ça se corse pour la suite quand il leur est proposé d’intervenir plastiquement sur les représentations adverses : la lutte iconographique se déclenche. Une quinquagénaire du groupe catholique peint directement sur le tee-shirt d’un jeune garçon du groupe des jeunes démocrates avec un aplomb haineux difficilement croyable. On jette des toiles par les fenêtres, on brûle jusqu’au châssis, et on se sépare évidemment non seulement non réconciliés mais plus renforcés que jamais dans la haine et l’exclusion.
Dans le catalogue, il est dit qu’on peut penser à une instrumentalisation des personnes mises en présence pour démontrer les tensions réelles politiques de la Pologne d’aujourd’hui. Peut-être pour exprimer une menace explosive qu’il vaut mieux regarder en face… Je laisse aux spécialistes le soin d’en décider.
Au final, pour la pièce KO (expérimentations sonores sur le thème), j’ai même répondu à l’invitation de jouer le rôle du boxeur (…)
Eléonore BENQ
L’exposition “Fonction critique, quelques apparitions diversement manifestées”, commissariat Manuel Fadat, était visible à la galerie Aperto (Montpellier) du 10 au 31 octobre 2009.

Kendell GEERS Fuck face 2007
Artur ZMIJEWSKI Them 2007
Video still



avril 14th, 2010 at 19 h 06 min
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