textes pl 62



Ne vois-tu rien venir ?

A quelle distance se place le critique pour apprécier une œuvre d’art? A distance critique !
La réponse renvoie la question à elle-même et le critique d’art à la distance illimitée qui sépare la connaissance de l’art de l’existence de l’œuvre.

Quelle que soit sa science, le critique d’art plus que tout autre spectateur est abandonné à l’énigme de l’œuvre. A moins qu’il ne parle dans le vide comme un prêcheur dans le désert, mais c’est l’attitude qui souvent l’impose à la reconnaissance du public, le critique en toute rigueur n’a d’autre ressource que l’abandon du savoir, contre toute prévention, à la vacance où se suspend le don de l’œuvre.
Contre toute attente, seul l’événement de l’œuvre donne à voir ce qui est à dire. Reste que l’œuvre devance ce qui est à dire et que cette distance-là est l’irréductible écart qui, du voir au dire, sous-tend l’approche de l’œuvre.

C’est l’expérience critique de cet écart qui perturbe le plus le public de l’art. Il met en crise le savoir et rend paradoxale l’approche de l’œuvre.

La mise en forme esthétique, les notices pédagogiques, les fiches biographiques et l’arsenal médiatique qui flèchent le sens de la visite, outre le fait qu’ils détournent systématiquement le spectateur d’une rencontre critique de l’œuvre, laissent accroire qu’il est possible de devancer l’œuvre, d’abolir la distance entre concept et existence et de se débarrasser de la difficulté d’être.
Un bien-être partagé, la sécurité d’un lieu gardé, font de la visite d’une galerie ou d’un musée le moment climatisé et la récompense patrimoniale d’un détour touristique qui n’a que faire de la question de l’œuvre, si ce n’est l’éviter en suivant le guide.

Mettre l’œuvre à distance thématique et, en toute équivoque, la tenir en respect, est la politique des commissaires d’exposition. Cette version soft des «  commissaires politiques«   n’en manipule pas moins l’opinion. Le recours magique à la science, – fût-elle limitée à l’esthétique -, aux miracles de la technique, – fussent-ils ceux de l’atelier de l’artiste -, véhicule la garantie quasi divine que de la connaissance à l’être la conséquence est bonne. La figure démiurgique de l’artiste coiffe d’une autorité fantomatique l’allégeance des commissaires à une œuvre légendaire.

L’œuvre devient déductible du discours qui l’instrumentalise. Elle en est le faire-valoir, le document qui avère la mise en représentation de la distance critique, une feinte distanciation qui, en inversant le rapport à l’œuvre, permet d’en parler sans en risquer l’approche. Le risque de l’œuvre, celui de l’exposition qui devance ce que nous savons, qui met en crise nos représentations, est indéfiniment distancié et élégamment distendu. Le risque est tenu en laisse, l’exposition prise aux filets du langage, l’œuvre a un fil à la patte. Non seulement la rencontre de l’œuvre n’aura pas lieu, mais la notion même de création est ravalée au mythe édifiant de la vie d’artiste.

L’exposition consacrée à Gérard Gasiorowski, cet été à Carré d’Art-Nîmes, est exemplaire de la mainmise des commissaires, Frédéric Bonnet et Eric Mangion, sur le travail d’un artiste, présenté comme « l’un des peintres les plus importants de son temps », qui en deux décennies (1964-1986) aurait élaboré « un œuvre singulier rythmé par la contradiction, pensé en termes de mise en opposition constructive », « porté par l’obsession du recommencement et du flux permanent de la peinture ». Toutes ces formules, grassement surlignées, abondent le propos dogmatique « d’une nouvelle lecture du travail de l’artiste tenant en premier lieu dans le refus d’une mise en perspective linéaire ».

Il est vrai que la centaine d’œuvres montrées se prête à toutes les manipulations, le travail n’étant lui-même qu’un rapiècement des figures de la peinture, dans un académisme qui va de l’hommage à la parodie, de l’autoportrait au ressassement des postures d’artiste et des poses d’atelier, en passant par la classification dérisoire des artistes engagés dans leur temps, selon les classes, les cours, les honneurs et les refus d’une Académie dont ils seraient les élèves et Gasiorowski le maître.
En fait de « flux » et de « recommencement », la peinture de Gasiorowski s’est figée de son vivant. La fiction d’une œuvre se meurt dans une feinte distanciation, une vaine classification de l’art et de ses fétiches, une ritualisation des pratiques. Le repli sur soi  cerne le travail par dépit d’une œuvre qui s’autopsie pour forcer contre le temps une entrée dans l’histoire de l’art. Pas de linéarité, mais pas de perspective non plus, le temps s’est tari dans cette mise en pièces. Les commissaires recollent les morceaux.

The Diamond Sea, projet spécifique de Claude Lévêque pour le CRAC, à Sète, est d’emblée l’avancée d’une œuvre qui devance l’attente et embarque à la proue du temps, comme les œuvres vives d’un navire, la vague d’un présent immédiat, recommencé et sans cesse différent, où les sons, les couleurs, les lumières, les matières outrepassent le carénage des représentations vers des apparitions de mer, d’outremer et des horizons que la fente verticale d’une double porte entrouverte, dans une ultime salle, ancre dans l’éclat mondial du port de Sète.
A l’œuvre la distance, nous sommes là où nous sommes, aux portes de La Mer de Diamant.

René DENIZOT
Septembre 2010



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Claude Lévêque,  The Diamond Sea,2010,©CRAC LR Photo Marc Domage



L’esprit casanova rôdait

(…)

Bizarrement, Picabia (déjà) disait que le public avait besoin d’être violé dans des positions rares !
Ici le sexe n’est pas délibérément brandi comme émancipateur, révolutionnaire ou salutaire, il est à peine fantasmé, compromettant, plutôt du côté de la friandise petite-bourgeoise joliment friponne…

(…)

Eléonore BENQ

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Hesse et Romier à Mende « le goût de la souillon » « Picnic à l’éther »


Réenchantement


A l’invitation du Vent des Forêts, Jean-Luc Verna vient de placer en  plein bois, lieu de légende, d’initiation et de sortilège, une baguette magique monumentale. C’est une grande étoile en métal ornée de cabochons en verre de Meisenthal portée par une hampe à plus  de quatre mètres de hauteur. Légèrement inclinée, elle se fond dans le paysage et domine le spectateur.
Inviter les Fées,  au travers de l’ un de leurs attributs, dans un centre d’art contemporain, fût il en plein air, c’est pour le moins mettre la modernité à distance en la traitant à rebours. Admirateur des décadentistes, Verna n’en est pas à son premier coup de baguette. Il en a déjà dessiné aux mains de fées squelettiques. Il en a aussi sculpté au moins trois baptisées du noms de ses idoles : Siouxsie, Nico et Diamanda qui se plantent au mur comme des armes.

Fichée à la grande raie, sur la commune de  Fresnes-au-mont dans la Meuse, cette très grande baguette magique prend des allures de contrepoint. Si près du front et des tranchées, de Verdun et de la nécropole nationale de Douaumont, elle vient ré-enchanter un lieu marqué par les désastres d’une guerre terriblement moderne, mondiale et si meurtrière qu’elle reste encore la Grande Guerre.
La baquette magique, qui d’un coup peut tout effacer dans une pluie de poudre d’étoiles et un son cristallin, vient mettre à distance les symboles habituels de la sculpture commémorative religieuse ou patriotique: drapeaux et croix, croix de guerre et obélisques, poilus portés par la petite patrie façon pietà ou enlacés par des victoires ailées comme des anges. A l’iconographie du martyr et du héros, Verna oppose une alternative magique et païenne. Aux soldats de plomb érigés sur les monuments Verna préfère une arme de fée, pareille à celle des panoplies pour petites filles. Sans la nier, la baguette magique de Verna vient mettre à distance la tragique histoire de cette région pour entrainer le promeneur vers d’autres chemins, ceux du conte et de la poésie.

Claude-Hubert TATOT

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Le Vent des Forêts, espace rural d’art contemporain
www.leventdesforets.com/
Meisenthal, Centre international d’art verrier
www.ciav-meisenthal.fr/site.html


cahier central 61

Cécile Hesse et  Gaël Romier

« le goût de la souillon »



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Duchesse Vanille, 2008, 410 x 290 cm
Boire l’eau du bain – Le goût de la Souillon (détail), 2010, 330 x 290 cm
Le goût de la Souillon, 2010, 80 x 120 cm


textes pl 60

Dialogue imaginaire #7

entre Jan, Marcel, Piero et Gabriele

(…)

Gabriele (s’adressant à Piero, à Marcel, puis à tous) :

—  À mes yeux, l’aspiration du modernisme à toucher à l’universel a échoué, et c’est à partir de cette constatation que je travaille. À l’ère du copyright et de l’hyper-standardisation, je produis des copies et même des copies de copies ; je m’intéresse notamment à celles de peintres commerciaux comme Salvatore Russo, qui est aussi mon collaborateur. Ta notion de ready-made, Marcel, me fascine, évidemment, mais je la retourne comme un gant… Plutôt que d’introduire le non-art dans le monde de l’art, je pars du sens commun appliqué aux références esthétiques, surtout celles de la peinture puisqu’elle est a priori un « signe d’art » pour tous et, également, parce que sa nature se situe du côté de la re-présentation. L’artiste est plutôt ici l’égal d’un moine copiste. D’ailleurs, le succès de Salvatore avec ses peintures de mimosas a effacé la figure de l’auteur et son patronyme au profit d’un pseudonyme : « Salvatore au mimosa » ! Moi, ensuite, je réalise des copies d’après une copie ou une reproduction, mais j’introduis de légères différences d’une version à l’autre, par exemple dans les cinq portraits presque identiques de Borgès peints à partir d’une photo (The Blind Man, 1998). Ainsi, la notion d’auteur réapparaît, mais elle demeure fragile dans la mesure où l’expression personnelle se télescope dans le travail de copie… Je trouve que Marc-Olivier Walher a bien résumé les choses en écrivant : « L’expansion incessante de notre univers implique un mouvement transitif perpétuel, une schizophrénie chronique, et l’art d’aujourd’hui travaille à ce développement2. » Dans ce contexte, l’identité de la figure de l’auteur ne peut être que compromise ou, au minimum, qu’inviter au(x) compromis…

Chrystelle Desbordes


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Gabriele di Matteo (1957)  The Blind Man  (détail)  1998

Ensemble de cinq peintures, acrylique sur toile, 245,5 x175 cm chacune. Collection Mamco, Genève

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L’autre de l’auteur


Son nom, il le signe à la pointe de l’épée

D’un Z qui veut dire Zorro.

 

Un signe qui veut dire…

Auteur. Mais l’auteur n’a pas toujours signé, Dieu était Le Créateur. Puis l’auteur s’est cru créateur, sa signature l’affirme. Enfin, l’auteur aura signifié sa réelle présence sans la nécessité d’en montrer signe. La signature fait tâche et mine de rien l’auteur fait tout.

Puis, est venu l’Internet, le numérique et le logiciel libre.

 

Le copyleft, un © à l’envers.

Sont apparus des milliers d’auteurs en ligne et en travers avec un principe de création simple : le copyleft. Il s’appuie sur le droit d’auteur en vigueur pour le retourner comme on le fait d’une vieille chaussette.

 

Avec la Licence Art Libre, l’autorisation est donnée de copier, de diffuser et de transformer librement les œuvres dans le respect des droits de l’auteur.

 

Signer c’est bon singe.

Singer est le propre de l’homme. Copier c’est apprendre, apprendre à se singulariser. Par ma signature j’avoue ma descendance simiesque. C’est pourquoi le copyleft n’est pas la négation de l’auteur mais son jeu possible. Je signe d’un nom d’auteur qui n’est pas l’Auteur nom de nom ! Je descends du signe comme le singe de l’arbre.

Je signe = singe-moi ! Quitte à faire de plus belles grimaces. Mais sans refermer l’œuvre : ce qui est copyleft ne peut être copyright. La signature ouvre sur l’autre de l’auteur et ainsi de suite.

 

Antoine MOREAU

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Antoine Moreau, « Copyleft, l’autre de l’auteur », février 2010 ; logo copyleft, février 2001.

Copyleft : ce texte et cette photographie sont libres, vous pouvez les copier, les diffuser et les modifier selon les termes de la Licence Art Libre http://www.artlibre.org


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Poussière d’étoiles

(…)

Réalisée entre 2007 et 2009, sans ordre chronologique entre voyages et montages d’expositions, Poussière d’étoiles est une somme, une œuvre à part entière. Plus qu’une signature, elle atteste et documente l’élaboration, la réalisation et la réception du travail et fait entrer dans l’univers artistique de F. E. Walther. Cette vision rétrospective, panoramique et en plongée, faite de fragments assemblés, tracés au crayon gris, porte aussi en elle toute la fragilité d’un travail de mémoire.

Claude-Hubert TATOT

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Franz Erhard waltHer  Sternenstaub  (détail)  2007-2009

Ensemble de 525 dessins encadrés, crayon et aquarelle sur papier.

Courtesy Galerie Jocelyn Wolff, Paris. © Photo Ilmari Kalkkinen. Mamco, Genève

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Le reste comme signe

Le parti-pris radical de l’exposition « Tout » au centre d’art Oui de Grenoble, compte tenu des limites de l’espace et du nombre d’exposants, place la vingtaine d’artistes invités dans l’obligation de repérer celle qui, dans l’ensemble de leurs œuvres, fait signe, plus même, qui a valeur de signal, de sémaphore, de repère. Celle qui résume, synthétise, contient potentiellement les œuvres à venir. Celle qui représente pour l’artiste le moment précis où le tournant s’amorce.

Une pour le Tout.

L’œuvre charnière à partir de laquelle tout bascule et se joue.

Celle qui vaut signature.

Un squelette de poisson flotte entre deux colonnes de plexiglas…

Étrange suspension qui met l’arête entre parenthèses, la magnifie et nous mystifie par le miracle d’un électro-aimant. Les socles ne supportent plus rien. Ils encadrent et paradoxalement dématérialisent le dérisoire, le reste, qui devient essentiel.

Cette œuvre de Lionel Renck, Restes, de 2005, est ainsi placée en exergue.

Elle inaugure une série de pièces majeures qui ouvrent la rigueur scientifique aux investigations artistiques.

Un vélo suspendu sculpte les contours en l’absence de volume au rythme des frottements du pédalier…

Le souffle est retenu, alors que la main dessine sur le papier les lignes d’un sous-marin, le Koursk, puis libéré avant qu’une profonde inspiration ne permette à nouveau l’apnée qui accompagne le tracé…

Le paradoxe des jumeaux 1, en un étonnant raccourci, est associé au processus d’hominisation par la verticalité…

Le ballon de basket et les balles de tennis et de ping-pong, mis à nu, offrent aux regards les formules mathématiques de leurs volumes aplatis…

Les plantes poussent à l’envers ou s’instruisent afin de prendre possession de la terre…

L’artiste se joue des paradoxes, repousse les barrières pour allier, non sans un certain sens de l’humour, la poésie des formes et la dimension subversive du propos.

Appliquer aux sciences le potentiel régénérateur de l’art. Ne plus seulement recueillir des données à étudier  mais interférer, modifier, produire des formes instables, des machines éphémères destinées à maintenir un écosystème fragile ou une tension permanente.

La capacité des sciences à mettre en nombres ou en théories des situations concrètes, à transformer en abstraction des données naturelles, Lionel Renck la retourne contre elle-même, remet les équations en forme et illustre les théorèmes. Si le projet de la recherche fondamentale est, par la connaissance des phénomènes, de parvenir à une maîtrise de leur déroulement, celui de l’art est inverse. Il consiste à partir d’une réalité tangible et vérifiable pour y insinuer le doute.

L’œuvre de ce jeune artiste propose à la fois le résultat mais aussi le mécanisme qui infiltre un disfonctionnement dans les systèmes établis – une incertitude qui stoppe la bonne marche engagée – une hésitation…

Semer des grains de sable dans les rouages et les regarder pousser.

Il s’agit alors d’agrandir les failles jusqu’à faire voler la structure en éclat et faire de ces éclats des aquarelles dont naîtront des objets, des installations, des vidéos performances. Ou bien ménager dans les fractures des espaces, sorte d’« hétérotopies 2» cousines de celles que Wolman, dans le Mouvement séparatiste, définissait comme : « mouvement qui introduit un espace dans une surface atteinte par des limites (…) quand il s’introduit dans le sujet c’est pour y amener des éléments incontrôlés3 ».

Les dispositifs mis en place reprennent les codes scientifiques : hypothèse, expérimentation, vérification, conclusion jusqu’à la diffusion du travail sous forme de conférences dans lesquelles l’artiste argumente avec force diagrammes et schémas explicatifs. Il y a quelque chose de démonstratif dans la démarche, non pas au sens ostentatoire du terme mais bien par le déroulement d’un raisonnement qui, suivant sa logique, conduit à l’absurde.

L’observation du vivant et l’exploitation des contradictions qu’il recèle mènent à des impasses qui entre les mains de Lionel Renck deviennent de nouveaux seuils poétiques riches d’un potentiel exploitable.

Une manière de lancer le ballon, de le regarder rebondir, d’analyser sa forme, d’évaluer sa trajectoire, d’anticiper son point d’impact et de prendre en compte tous les micro-événements et bouleversements en cascade que ce simple geste produit.

Claire VIALLAT-PATONNIER

 

1 – Le Paradoxe des jumeaux, expérience pensée par Einstein en 1911, publiée par Paul Langevin la même année : « L’Évolution de l’espace et du temps », Scientia, n°10.

2 – Michel Foucault, « Des espaces autres », conférence au cercle d’études architecturales, 14 mars 1967.

3 – G.J. Wolman, Emploi du temps, préface à l’exposition Galerie Weiler, Paris, mai 1978.

 

Lionel Renck, né à Mulhouse en 1981, diplômé de l’École d’art d’Annecy.

Ses œuvres étaient présentes dans l’exposition « La Main numérique », Maison d’Art Bernard Anthonioz à Nogent-sur-Marne, du 14 janvier au 7 mars ; elles seront montrées en août 2010 à Taipei, au Musée national de Taiwan.

L’exposition « Tout » au Centre d’art contemporain Oui de Grenoble s’est déroulée du 14 février au 21 mars 2010.

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Lionel Renck  Restes  2005

Squelette de poisson, carrelage, plexiglas, électro-aimant, 150 x 41 x 41 cm



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Etienne Bossut , Chaque matin (j’enfile mes bottes…)2005 coll. FRAC LR,Pile,petits dessins

Vue générale CRAC de Sète, 30octobre>>17 janvier 2010

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Bossut , Colonnes, CRAC LR,Sète

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Bossut Dessins, CRAC LR ,Sète


cahier central 58

Cahier central 58

Delphine GIGOUX-MARTIN Féroces infirmes retour des pays chauds,installation vidéo,2009,production Artelinea


textes PL 55

Quand le son devient chair

« The Sublime is Now ! »

Janet Cardiff au Printemps de Septembre.

« L’art n’est pas le dimanche de la vie », écrit Christian Bernard, commissaire général de l’édition 2008 du Printemps de Septembre de Toulouse 1. Sous cette sorte de « mot d’ordre » (qui n’est pas une thématique, souligne le directeur du Mamco), la plupart des œuvres saisissent, en effet, comme il le formule plus loin, « l’occasion d’exprimer cette dureté des circonstances, cette inquiétude ambiante ». La sélection de Christian Bernard (co-équipier de John Armleder ou de Jean-Max Collard dans certains lieux) suit, dans l’ensemble, ce tracé d’une vision noire et pessimiste du monde, et où les possibilités d’avenir semblent minces. Puis, soudain, dans le parcours de cette mise en scène plutôt minimaliste 2 du tragique ou de la tragédie que tissent les sociétés contemporaines, surgit, comme une comète, une « œuvre satellite ».

Au cœur de cette édition 2008, l’œuvre sonore de Janet Cardiff, installée dans la grande salle des Jacobins, confine au sublime et se détache ainsi du festival, telle une bulle ou, encore, pourquoi pas, comme le ballon météorologique surplombant L’Hommage à New York de Tinguely en 1960.

The Forty Part Motet, dont on notera qu’il ne s’agit ni d’une production pour le Printemps, ni d’une œuvre très récente puisqu’elle date de 2001, occupe l’espace de quarante enceintes disposées en cercle, anamnèse d’un minimalisme circulaire. Le spectateur (que Cardiff nomme volontiers « l’auditeur »), pénétrant progressivement dans le dispositif sonore depuis le jardin du cloître, accède au chœur, puis se fixe un moment au centre de l’installation.

Quarante voix s’élèvent ensemble pour porter le chant de Spem in Alium de Thomas Tallis (1573). La voix est à la fois instrument, matériau, image – en un mot, corps.

En se déplaçant pour longer les objets sur pied qui forment un cercle ouvert, le spectateur distingue alors une voix singulière sortir et prendre corps dans chacune des quarante enceintes. Quelques ruptures, entre chaque jeu, restituent autrement la présence du chanteur comme, parallèlement, l’effacent. Ici, entre présence et absence, matériel et immatériel, le son structure l’espace pendant que l’espace, tel un Prométhée, donne chair au son. Le corps de la sculpture de Cardiff devient tangible, presque palpable. Très vite, comme nous le révèle l’artiste elle-même, « quand les vagues de son (…) parviennent et que tous les chanteurs se font entendre simultanément, (on) fait l’expérience d’un sentiment de sublime 3». Et nous nous retrouvons, malgré nous, projetés. De surcroît, la présence du sublime résonne dans le contexte architectural des Jacobins, pétrifié de mémoires mystiques, si bien qu’elle se prolonge.

Aussi, tandis qu’au XVIIIe siècle Edmund Burke qualifie le sublime de plurisensoriel, aujourd’hui, The Forty Motet de Cardiff semble l’incarner à travers une expérience rare et quintessencielle.

Cardiff aux Jacobins ? Une bulle de sublime donc, dans un monde de brutes…

Chrystelle DESBORDES

1 – C. Bernard, Là où je vais je suis déjà, catalogue Printemps de Septembre 2008. Les citations de C. Bernard qui suivent proviennent de la même source.

2 – À l’exception des Abattoirs, sans doute, avec la présentation d’un choix d’œuvres puisées dans les collections de la ville, co-dirigée par C. Bernard et John Armleder.

Sous le titre « Souvenirs de la vie moderne », l’artiste suisse « dialogue avec les murs » en repeignant les cimaises et, à partir de cette appropriation aux formes et aux couleurs contaminantes, il offre une mise en scène des œuvres très inattendue. À l’évidence, l’accrochage perturbe les codes esthétiques de la modernité. Cette proposition cherche également à mettre en crise le musée, de l’intérieur, et ses modèles d’exposition.

3 – Janet Cardiff, citée dans le catalogue du Printemps de Septembre 2008.

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Janet CARDIFF  The Forty Part Motet  2001







Bulles et autres crises

Comment le mot si léger, si vaporeux de « bulle », peut-il se retrouver à côté de ceux, grandement moins poétiques de « crise » ou de « krach », et comment cette affiliation au monde des finances et des financiers peut-elle, de près (de prêt ?) ou de loin, concerner le monde de l’art ? Il ne vous aura pas échappé, à vous qui êtes si sagaces et si concernés, que l’argent a toujours été partie prenante de la création, et l’inévitable « Combien ça coûte » aura bien dû tomber, au moins, une ou deux fois dans vos oreilles de sourds.

Aller de la bulle à l’argent, bien que cela suggère une sorte de jeu de l’oie fantaisiste, pourrait pourtant résumer le parcours de l’artiste contemporain dans sa dure réalité. Du diplôme de l’école des beaux-arts ou du mastère d’art plastique jusqu’à la vente de l’œuvre (à condition qu’elle existe, bien entendu), une succession de bulles va enfermer l’impétrant, le protéger, le guider et, pourquoi pas, le formater sans que ce qui l’enveloppe éclate ou se dissolve. En ces temps de Noël, on serait tenté d’affirmer qu’une sorte de crèche, avec ses bœufs, ses ânes et ses ravis, se constitue automatiquement autour de l’artiste en devenir. Ou alors, si l’on répugne à invoquer le religieux, fut-il symbolique, on comparera délicatement avec ces boules de verre remplies de vues imprenables sur lesquelles la neige (factice) tombe dès qu’on les secoue un peu énergiquement. Ce qui nous permet de revenir à notre bulle, que nous n’avions en rien oublié, malgré ces quelques digressions.

Que l’école des beaux-arts, en général, soit une bulle, « Archipélique », une exposition qui se tient au MAC de Marseille du 7 novembre 2008 au 11 janvier 2009, devrait nous en convaincre. D’abord avec ce titre sibyllin, tiré d’une phrase d’édouard Glissant – et comprenne qui pourra, ensuite parce qu’elle regroupe la promotion 2008 des diplômés de l’école des beaux-arts de Marseille, options Art et Design confondues. Accrochage impeccable et intelligent, œuvres se soutenant les unes les autres, les un peu faibles béquillées par les plutôt fortes, et références obligées pour un travail en train de se construire donnant un panorama très investi, très performant de l’art contemporain sans qu’on puisse crier au pastiche. Une jolie bulle, ma foi !, dont la cohérence surligne le sérieux de toutes ses chères études interminables, mais qui ont l’avantage conséquent de mettre à l’abri des réalités pendant cinq longues années (pour les forts en thème). On ne se moque pas ou à peine : même si on sait que les écoles des beaux-arts françaises sont aussi des bulles qui risquent d’éclater sous peu, elles sont encore bel et bien là, avec une véritable utilité, celle d’un luxe maintenant rarissime. Celui de pouvoir trouver une liberté de penser et d’apprendre. Mais ce luxe, de toute évidence, ne correspond plus à nos temps de risques, de krach et de crises. Malgré trente-cinq ans de réussites et d’expérimentation, il faudra bien que nos chères écoles se plient aux contraintes, que celles-ci soient européennes, sociales, économiques ou de l’ordre de la rentabilité immédiate. Et qu’importent l’originalité profonde et la liberté de ses étudiants, de ses enseignants, de ses enseignements.

Une fois sorti de la bulle, bien obligé puisqu’elle a éclaté, le monde de l’argent, qui n’est pas le monde du pardon, est bel et bien là, avec d’autres bulles plus revêches et plus bulles dont l’éclatement a le pouvoir des guillotines. Recherche de galerie, demande d’achat aux organismes habilités mais désargentés (qui auraient dû être des banques pour avoir droit à la manne divine), quête publique d’atelier ou de résidence, toutes galères qui font enfin regretter le temps de buller dans ses chères, à tous les sens du terme, études.

François BAZZOLI







Homo bulla

« Le procès de fabrication n’est que la figure déterminable de l’énigme. » Toni Grand

« Homo bulla » : genre pictural en vogue aux XVIIe et XVIIIe siècles, en particulier aux Pays-Bas ; les bulles qu’y font anges ou enfants désignent la brièveté de la vie et la vanité des choses ; dans des tableaux plus compliqués, ces bulles que l’on peut rapprocher de vases ou de boules de verre réfléchissent l’espace pictural, l’associant aux reflets et simulacres qui troublent sens et jugement. Homo bulla est aussi le titre d’un ensemble de petits ballons qu’Arnaud Vasseux 1 pose perpendiculairement au plan d’un mur ; une photo d’atelier le montre en train de les gonfler, avant de les figer dans le plâtre. On peut y ajouter les dessins de bulles qui se posent lentement à la surface de papiers et qui, ensuite, éclatent en projetant de fines traces d’encre de Chine. Plus qu’aux Vanités hollandaises, il faudrait rapprocher ces travaux d’A. Vasseux de deux tableaux de Chardin : l’un représente un jeune homme (Les Bouteilles de savon) et l’autre un enfant (La Blanchisseuse), concentrés sur une bulle qu’ils sont en train de souffler.

Chardin n’est pas un peintre de Vanités : la bulle n’a pas une valeur morale : l’inanité de tout bien matériel, la fragilité de l’existence, l’incertitude de l’instant de la mort. Elle participe d’une phénoménologie des choses et des gestes qui les accompagnent et en particulier de l’œuvre d’art et de l’activité qui la produit. Pour l’enfant qui souffle sur sa bulle et avant que celle-ci ne s’envole, dans un acte qui ressemble à celui de l’artiste, la plus extrême attention accompagne ce qui a matériellement le moins d’existence et techniquement le moins d’efficience : la forme d’un souffle, les reflets du monde, l’instant qui ne perdure que dans le regard qui s’y attache. Tout cela fait signe vers le travail de l’artiste qui n’est ni jeu ni savoir-faire mais attention, concentration et événement ; et vers de subtiles surfaces décollées du poids et de l’appareillage des choses.

Le travail d’A. Vasseux présenté à la galerie AL/MA prolonge cette réflexion autour de la légèreté et fragilité des choses. Si les bulles se posent sur le papier, c’est comme un lent effleurement qui permet à l’encre de le pénétrer. De même dans la cuve, le papier, qui s’imbibe de la tache en expansion d’une goutte d’encre intensément pigmentée et des accidents infimes qui en résultent, doit à peine la toucher : l’image se fait par contact, mais comme un indice fragile, incertain et partiellement aléatoire ; de légères bulles d’air ont séparé la surface de l’eau de celle du papier, les contours sont flous et imprévisibles, le mouvement que donne l’artiste à son papier ne détermine qu’une part de ce qui en sera « révélé » ; l’autre part dépend des propriétés de l’encre. Le réel est présent, sans intention mimétique, comme une chimie de devenirs, d‘effets de surface en effets de surface, avec la durée propre à ces transferts. Il faudrait parler de dilatation pour saisir à la fois la lenteur du processus, son expansion et le trouble qu’il installe dans le regard, par ses lignes incertaines.

Ces dessins n’impliquent aucun contact direct avec la main de l’artiste : le papier capture un souffle, une ride colorée au point limite de leur expansion. Mais il a fallu créer les conditions de cette expansion et de sa capture. D’où l’absence de « pathos » : le processus est expérimental – observer le devenir d’un système, même simple (une bulle, une tache) dans lequel son expansion comme sa fin appartiennent à sa réalité. La visibilité ne suppose pas une perception anatomique (ouvrir, découper), mais l’observation des variations de surfaces. Ces dessins métaphorisent l’ambition du travail : capter plutôt que représenter ; mettre à l’épreuve les relations temporelles ou spatiales entre des matières, des textures, des mouvements différents. « Je ne voulais pas seulement représenter un souffle ou en produire une image, mais considérer la fragilité, le risque d’éclatement du ballon, l’appréciation de ce risque au moment du gonflement, un rapport de pression entre les éléments. En utilisant le plâtre de cette façon, sans recourir au moule, et avec juste un bol de plâtre, j’ai essayé de me situer au plus près de ce soufflement comme de la fine paroi de latex qui le comprime 2».

Cela permet de comprendre aussi ce qui ne relève pas, au premier abord, des « bulles », comme les voiles de plâtre installé(e)s dans de nombreux lieux d’exposition. Sur un châssis rudimentaire, A. Vasseux tend une bâche souple (qui fait office de moule) sur laquelle il projette lentement de fines gouttes de plâtre – chaque nouvelle couche supposant que la précédente ait séché. Puis il enlève tasseaux et bâche : reste un(e) voile, comme un dépôt solidifié de gouttes, qui ne tient que par son étroite emprise au sol et cette concrétion de matière-temps. De ces « Cassables », J. Zask dit : « Elles combinent fragilité et stabilité. Elles sont comme la forme de la force qui centralise toutes les actions en jeu (amonceler, résister, pousser, sécher, étirer, etc.) 3.» Toute l’attention et le soin mis à sa réalisation visent à rendre durable cette forme malgré tous les risques pris ; il s’agit de faire l’épreuve de la fragilité par la résistance.

On se doute que derrière l’image plastique de la bulle, la question est bien celle du temps : épreuve morale dans les Vanités, expérience du concret – choses, outils, techniques qui incorporent de la durée – chez Chardin. Chez A. Vasseux, il faudrait la suivre au travers à la fois de la temporalité des images reproductibles (photographie, cinéma, vidéo) qui dématérialisent le temps et en suspendent l’irréversibilité ; et de la pensée contemporaine qui l’associe à l’instabilité dynamique des systèmes. Dans les deux cas, le temps est moins matière et durée que surface et donc événements. Aux limites de sa propre irréalité. Comme une bulle.

Pierre MANUEL

vasseux_01

Arnaud Vasseux Sans titre (bulles)2007

encre de chine et savon sur papier,120×80 © A.Vasseux








La bulle muséale

Des bulles de savon de Manet aux natures mortes où, accompagnées de crânes, elles disent la fragilité du monde, les bulles sont l’objet de reflets et exercices de transparence. En installant sur le site de La Corderie une machine à fabriquer des bulles géantes qui, portées par le vent, venaient éclater au sol ou tomber dans un bassin, Pipiloti Rist, lors d’une Biennale de Venise, en a donné une version à la fois enfantine et monumentale. Mais plus qu’un motif iconographique, considérons la bulle comme métaphore du lieu d’exposition et le musée ou la galerie comme autant de bulles, d’univers clos sur eux-mêmes, qui isolent les œuvres du monde extérieur.

(…)

Pour Begining of the end, c’est allongée dans des « body capsules » transparentes que Mariko Mori se fait photographier. Elle semble venir de nulle part, parachutée dans l’un des treize lieux symboliques où elle se met en scène avant de repartir ailleurs. En 1994 déjà, pour L’Hiver de l’amour, Vidya Gastaldon s’exposait dans une bulle de plastique transparente posée sur un socle. Allongée, un walkman sur les oreilles, de quoi manger et lire, elle était juste là sans se soucier d’autrui. Sans aucun doute la bulle protège et ce d’autant mieux quand elle est stérile.

Claude-Hubert TATOT




Veritats aparents

Vérités apparentes

Els projectes de Joan Fontcuberta són delirants, metòdics i crítics dispositius de ficció contra la manipulació de la informació, el poder les imatges i la credibilitat que donem a les mateixes. Serveixi aquesta petita introducció com avís del que podem trobar en la seva exposició retrospectiva de La Virreina, en la qual es mostren 18 dels seus projectes, datats des de 1982 fins a 2008.

De facto, és un viatge al·lucinant, a través de possibles moments històrics i històries (Sputnik, Pin Zhuang, Deconstruir Osama, Miracles & Cia), redescobriments en el món de l’art i la imatge (Palimpsestos, Frottogramas), mons naturals increïbles (Fauna, Herbarium, Sirenes, Constel·lacions, Securitas, Orogénesis), submóns microscòpics que remeten a formes abstractes (Lactogramas, Hemogramas), Internet i tecnologia com eines (Googlegramas, Orogénesis), la incompetència de l’ull (Semiópolis), la imatge-ciutat manipulada (Barcelona, Terrain Vagui) o de com un text censurat pot esdevenir en un Pollock, un Rothko o un Tapies (Deletrix). Al llarg de la mostra, l’artista adopta, a més la personalitat i el nom d’un astronauta rus, d’un terrorista, d’un hacedor de miracles, d’un naturalista o d’un paleontòleg. Tot aquest món fantàstic es mostra també en el catàleg de l’exposició, titulat : « llibre de les meravelles », i que complementa perfectament el caràcter general del muntatge expositiu.

Fontcuberta ensenya altra realitat, a través de la imatge i de l’escenografia dels elements que l’acompanyen : maquetes, vídeos, documents i per descomptat fotografies. Una mentida molt bé muntada que en molts moments ens fa dubtar, però una mentida sincera, sense paranys. Com el propi artista ha indicat, si ell pot fer-nos dubtar i crear històries aparentment reals, ens podem imaginar com ho han de fer els serveis secrets dels governs, els mitjans de comunicació o el propi món de l’art.

La fotografia que va sorgir com instrument de feriants per a demostrar l’existència de les coses, que va acabar amb la pintura realista, ha estat substituïda per internet, per google, com element legitimador de la veritat. Arribats a aquest punt, manca de sentit la seva utilització com mera representació. Fontcuberta ha triat la tercera via, la de la ficció com element qüestionador de les aparences, la ficció necessària per a entendre el nostre entorn i els nostres prejudicis. Per moments fins i tot, ens varem oblidar també que es tracta d’una exposició d’art contemporani. Com es diu en el circ : Passin i vegin.

Francisco PEINADO



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Joan Fontcuberta  Miracle del foc  2002

De la série « Miracles & Co »


textes PL 56

Une odeur de vernis

À propos de Damien Hirst, Adel Abdessemed, Jean-Luc Moulène, Antoni Muntadas et Maguy Marin.

Le formol est-il au vivant ce qu’était le vernis pour la peinture vers 1880 ? Produit, pour le premier, à partir de charbon ou d’algues et de plancton, et, pour le second, fabriqué à partir de résine odoriférante, ils entrent étrangement aujourd’hui dans la composition de ce qu’est le monde de l’art. Mais cela n’est pas si étrange au vu de leur contiguïté chimique et  si l’on en connaît la destination.(…)

Lise OTT



Gerhard Richter,

Uebermalte Fotografien

Phographies peintes

Le vernis (culturel) évoque la peinture qu’il recouvre en surface pour la protéger et lui donner de l’éclat. Des daguerréotypes aux tirages argentiques, la photographie partage avec la peinture cette brillance qui unifie l’image. Vernis chanci, photos jaunies, trahissent également le passage du temps. Photographie et peinture ont une longue histoire commune que le Centre pour la photographie de Genève explore actuellement en exposant plus de trois cents photographies peintes par Gerhard Richter.

Que l’artiste ait posé des touches de couleur sur une photo prise comme modèle pour trouver le ton juste ou qu’elles aient été maculées de giclées, les premières photos sont peintes par accident. Réalisées en 1967 ou 1969, elles sont publiées dans l’Atlas et annoncent une production régulière, engagée depuis 1989, que Richter a d’abord considérée comme secondaire avant de l’intégrer à son catalogue raisonné.

Comme le vernis, la peinture vient recouvrir tout ou partie de la photographie en masquant partiellement le motif. Elle est appliquée avec la paume de la main, à la spatule, ou en faisant glisser la photo sur un des racloirs géants que l’artiste utilise pour réaliser ses compositions abstraites. La matière se dépose en couche épaisse, en taches qui brouillent la scène et ouvrent à de nouvelles lectures.

Ces photos, qui reçoivent ce qui reste de matière sur le racloir, ont presque toutes été prises par Richter. Ce sont des photos de famille au format 10 x 15 tirées dans un laboratoire industriel. Elles sont sans intérêt. Elles n’en ont pas assez en tout cas pour servir de modèle à peindre ni pour intégrer l’Atlas, ni même pour figurer dans l’album privé. Reléguées dans une corbeille à l’atelier, elles sont en attente d’être peintes. Richter, à la fin d’un temps de travail, toujours consacré à une œuvre abstraite, s’en saisit au hasard, dépose la peinture, regarde l’effet et conserve celles qui l’étonnent pour les envoyer à des proches.

À l’inverse de ses toiles longuement travaillées, il s’agit là d’un geste rapide appliqué sur un instantané. L’effet est souvent surprenant. La matière picturale au premier plan et en relief joue alors avec la profondeur de champ de la photographie et la tache informe avec le sujet représenté dans le cliché. Tout l’intérêt de ces photographies peintes réside dans les tensions qui s’articulent et font écho à l’ensemble de l’œuvre de Richter.

(…)

Claude-Hubert TATOT

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Gerhard RICHTER  19.February.92

Huile/photo



After

Un bristol blanc annonce un nouvel an de farces et attrapes. Monnaie de singe ou carte de visite, la farce de l’Art force le faux sérieux des Banques. Dans le Grand Palais de Tokyo de la Découverte, farci comme une carcasse de dinde, la nuit des images accommode le reste des FARC avec le fard des FRAC, des missiles sans missive et de l’argent blanchi, des fortunes dévorées par les îles Caïman ont fait la peau des portefeuilles en croco, on rase gratis des avoirs gelés et des êtres figés dans la sauce blanche d’un after-shave sans lendemain, main dans la main des bandits manchots pataugent dans la débâcle de la banquise, c’est la banqueroute des rêves albinos, les nuits blanches n’attendent plus d’aurore, les bordées de l’ancien temps se sont vidé les bourses, au banquet des survivants, fromage blanc et âmes qui vivent, c’est la Grande Saison de Blanc.

Blanc sur blanc, le blanc ne laisse pas de blanc. Ni plein ni délié, ni effacement ni trace. La syntaxe a mis les bouts, bout à bout, sans laisser d’espace. Il n’y a pas de place pour un commencement, un milieu et une fin. Pas d’avant, pas d’après, et cependant pas d’ici et maintenant. Le présent ne fait plus cas du temps. Et, pourtant, le temps passe. Il passe le temps dans un autre espace, sans syntaxe, sans enchaînement, sans espacement. Un espace blanc, qui n’en fait pas présent. Un espace qui n’a pas de plan. Orient, Occident, planant sans provenance ni destination, sans présent ni représentation. Espace immensurable d’un temps qui se mord la queue, immédiat tête-à-queue de l’espace et du temps, espace-temps de la mondialisation illimitée du monde. Mais quel monde ?

Monde d’après monde et encore, sans suite logique, sans projection géométrique à partir d’un verbe créateur, ordonnateur des phrases et des suites, héritières héroïques d’un chaos cosmique, comme après boire et déboire, la mémoire éconduite refaisait l’histoire, nouait le récit aventureux des ripailles du ciel et de la terre et des mers, démêlant entre sujet et objet l’attribution catégorique d’une finalité dont, nous en étions sûrs, le monde était le vaisseau qui dans son cours  toujours embarquerait les paysages et les horizons dont nous sommes faits. Rien sur le monde, nous sommes refaits, plus un verbe qui vaille, plus une fable, plus une faille. Le monde a déserté le monde.

Sans crier gare, le monde ne fait plus signe. Aucun clin d’œil, aucune rupture de temps, nul repère, nul éclair, ne situe le monde entre ciel et terre. Le monde, en chair et en os, a tout laissé en vrac. La devanture est pleine d’un bric-à-brac encombrant, étincelant, accumulant les époques comme les strates d’un club sandwich périmé sous la cellophane, mais il y a aussi les guéridons de plastique rouge et noir, les boissons sur le bar dans une vitrine réfrigérée, les sièges en skaï, dans un autoclave de verre les hot-dogs fumants, les couverts chromés dans les casiers moulés des plateaux superposés, les murs irisés de néons roses, les miroirs en abîme reflétant les sérigraphies d’Andy, les gitanes et les chameaux des paquets de cigarettes, les bagues de cigares dans les cendriers, la silhouette en carton d’un cow-boy présentant des billets de loto, les flashes des juke-boxes et des flippers, la Guerre des Étoiles, les pyramides d’Égypte, l’avant d’une Cadillac Eldorado… Le vent, il y a le vent ininterrompu du temps qui emporte au long des échangeurs et des autoroutes les buissons roulés d’arbousiers.

Un monde plein, fait de rien ; un monde blanc, un passe-temps ; passé tout entier dans la mondialisation du temps ; aspire et expire, à plein temps, le temps sans époque, sans histoire, sans événement marquant, le temps liquéfié d’un monde sous vide. Tout est consommé, tout est recyclé. Le tout n’a ni unité ni singularité. Tout est réduit à une collection de faits sans vie. Hors-jeu, sous le soleil et sur la terre, la planète n’a plus d’erre. Le jeu du monde a délaissé les visages, les paysages, les langages et les fictions que nous habitions. À quoi sommes-nous exposés ? Le monde entier s’est délocalisé. Sur quelle plate-forme off-shore, sur quelle orbite stellaire, sur quelle planète hors-sol pourrions-nous le situer ?

Les choses pendent, les mots béent, comme après un vernissage les tableaux d’une exposition. Nous sommes dans la gueule de bois d’un after sans lendemain. Pas d’extase, pas de perspective, dans le sas blafard où s’effacent les ombres tout devient pièce de musée. Morts et vivants sont interchangeables, les musées sont un dernier refuge. Yan Pei-Ming est entré au Louvre, venant de Shanghai et de Dijon, dans l’aile Denon, ce champion des collections. Entre David et Delacroix, les tableaux de Ming n’occupent pas moins l’espace. Ils l’embrassent. Mais leur accolade est le baiser blafard de la peinture. Elle transite en gris et blanc les figures de l’histoire, la mémoire des siècles, les couleurs du temps. Gris et blanc, le sourire de la Joconde se couvre de larmes sous les coulures de la peinture, qui noue et noie visage et paysage sur deux plans contigus d’où émerge, gris blanc, le regard troué d’une constellation de crânes. Aube et crépuscule indifféremment, la valence des couleurs est étale. La peinture de Ming est un canal de mercure dans les galeries du Louvre. Rien ne l’enferme, rien ne l’ouvre. Tout y entre, entre gris et blanc. Un bain lustral et létal révèle et ravale les icônes du temps dans la même eau et dans le même métal. Pas d’avant, pas d’après, le temps efface le temps, rien n’y fait face. Comme des mondes parallèles, immédiatement proches, immédiatement distants, glissant sans se rencontrer dans l’effacement présent, le portrait du père mort a le regard du vivant, le portrait du fils celui du mourant.

René DENIZOT


Jean-Luc Moulène à Carré d’Art :

LE CONTINGENT M’A TUER

« L’œuvre de Jean-Luc Moulène est troublante dans sa force à disposer des présents qui s’ouvrent à leurs ombres dans cette immortelle tiédeur de l’effacé. » Geneviève Clancy, professeur de philosophie esthétique à l’université Paris-I, Panthéon-Sorbonne.

« … Les compositions de Jean-Luc Moulène réintroduisent le temps de la pensée, le contingent et la surprise dans l’expérience (photographique) du monde.» Catherine David, directrice du Witte de With à Rotterdam.

Il nous est rapporté que l’artiste ne veut pas en dire trop (la stratégie de l’énigme) mais je dois m’incliner devant la force d’évocation des spécialistes qu’il inspire indéniablement.

L’exposition de Jean-Luc Moulène à Carré d’Art – un de ces musées où l’on reçoit « l’art comme domaine autonome et séparé de la vie, où se font les messes basses et les passes secrètes de toute culture 1 » – nous présente d’entrée de jeu une mise en grille extrêmement sophistiquée pour la disposition des objets. Ici deux autres stratégies semblent se croiser, celle des liens utiles – la prise en compte du lieu et de son architecture – et pour la grille, celle du non-choix : deux notions assez courues en art, c’est le moins qu’on puisse dire.

Au fil de la visite, l’artiste m’apparaît comme désincarné, prisonnier de son rôle de témoin : « … dont le discours ne peut être, on le sait, que soumis à des codes de détachement : ou narratif, ou explicatif, ou contestataire, ou ironique : jamais lyrique, jamais homogène au pathos en dehors duquel il doit chercher sa place 2 ».

Son mode de création est peu perceptible, si l’on cherche au-delà du vif regard voyeur du photographe, disponible, guettant le moment pour l’image, étrange ou anecdotique, où coexistent des réalités opposées, « des contiguïtés constatées 3 ». Il ne se prête pas à l’empathie. Et de toute façon, on ne veut pas nous séduire, c’est clair.

(…)

Eleonore BENQ

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© Eléonore Benq

1-     Propos de l’artiste.



Vladimir

Entre strip et bande dessinée, littérature visionnaire et encyclopédique, esthétique minimale et romantique, Guillaume Pinard nous plonge dans son univers. À la galerie Iconoscope, visible de l’extérieur, un paysage panoramique exécuté rapidement au fusain occupe tous les murs. Dans ce lieu vide, caverne dans la caverne, le chaos se répand, prolifère en surface pour donner corps à une mer de nuages, sorte d’étang de matières animées par des ondes, ressort musculaire qui contracte, dilate, enveloppe, croît, plie, circonvolutions mentales. Les forces plastiques organisent une espèce de synthèse organique propre à contenir un monde, cauchemardesque s’il en est, théâtre de nos projections et de nos fantasmes.

Instable et mouvante, la fantasmagorie opère selon une logique de condensation des énergies. De près, le motif se disloque. Face à l’abîme des noirs et des gris semble atteint le point fatidique entre ce qui devient et ce qui meurt, entre vertige et apparition, affinités de la matière avec la vie. Vladimir porte les stigmates d’un univers sombre et violent qui effraie et fascine. Le tumulte visuel est ponctué de détonations, évidences brutales, décharges immédiates d’un riff de guitare. Les effractions électriques envahissent ponctuellement l’espace et attirent les rêveurs vers une chambre obscure. Dans ce climat narratif, la fiction se construit à mesure qu’elle se déroule, dans une suite d’enchaînements plus ou moins probables. Dans un espace sans lieu, un personnage dérisoire, exécuté en quelques traits nerveux, vibre aux rythmes des accords qu’il assène à son instrument. L’économie formelle tranche avec le foisonnement du dessin précédent. L’ange méditatif, héros solitaire de la culture occidentale, donne corps à ses fantasmes pulsionnels par sa pratique, et condense lui aussi un maximum d’énergie. La transe rock renvoie à une philosophie du fun et du sexe, à la révolte apocalyptique des éternels adolescents, pêcheurs impénitents prêts à transgresser les liens entre désir et effroi, plaisir et angoisse. Lien étroit donc entre la vie et la mort, révélateur du vide caché derrière l’apparence trompeuse des masques sociaux. Un os en guise d’autodafé, pur fétiche, renverse la nature du rapport entre Éros, logos et pulsion de mort. La vie est un excès que le travail poétique met en scène. Cette exposition de Guillaume Pinard fonctionne comme un scénario imaginaire sans lien apparent avec la réalité, pourtant elle renvoie à cette énergie qui pousse, depuis plus d’un siècle, à faire de toute situation une catastrophe.

Céline MéLISSENT

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Guillaume PINARD  Vladimir  2009  Dessin



Florilège

Question : Un adjectif pour qualifier l’exposition « Des anges » que vous venez de voir ?

(…)

13.02 : Élégante et sacrilège / Surprenante cette célébration ça garantissait pourtant que ce n’était pas une amourette mais un amour éternel / Vous connaissez le dicton « au mariage et à la mort le diable fait tous ces efforts ».

14.02 : Loufoque.

20.02 : Sidérant / Très ou trop lucide limite cynique.

21.02 : Accidentel / La vie quoi.

(…)

Paroles recueillies auprès des visiteurs de l’exposition de Maurin et La Spesa, « Des anges », organisée par la galerie ESCA au PPCM, Nîmes (17 janvier-21 février 2009).

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« Crash » Maurin et La Spesa,2009

 


textes PL 48


Andres Serrano, The Morgue / Christine BOISSON

À propos de l’exposition « Andres Serrano, La part maudite » (Collection Lambert, Avignon, novembre 2006-février 2007).


(…) Que les images d’horreur renvoient à notre propre mort, c’est un fait. Mais qui alors ose s’interroger sur sa réalité la plus tangible : à savoir son heure et l’attitude dans laquelle elle nous laissera, que ce soit dans un lit ou ailleurs ? Ce sont précisément ces états indicibles que Serrano « met en scène ». Afin de « redonner une existence à des gens qui seraient passés dans une autre réalité que la nôtre… afin de trouver la vie dans la mort… », explique-t-il. Sans doute et on le croit. Et pourtant, ce que nous voyons va bien au-delà : en photographiant en plan serré des plaies ouvertes, un visage brûlé, des ongles noircis par les besoins d’une autopsie… des détails de la peau qui n’autorisent plus aucun doute – le sujet photographié est un sujet mort, Andres Serrano n’utilise pas la mort comme témoignage du vivant. Il suspend le temps : il représente une image intermédiaire entre la vie et la mort, souvent bien plus vraie que celle que les vivants se feront par la suite de notre absence au monde.

Il photographie « une surface ensommeillée qui s’éveillerait », pour reprendre les mots de Daniel Arasse. Et qui n’aurait pas fini de nous hanter.


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Andres Serrano, The Morgue (Rat Poison Suicide), 1992, cibachrome, 152 x 125 cm © Andres Serrano.


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Andres Serrano, The Morgue (Infectious Pneumonia), 1992, cibachrome, 152 x 125 cm © Collection Lambert en Avignon.



Jacasseries / Eudes MENICHETTI

À propos de l’exposition d’Eudes Menichetti (galerie ChantiersBoîteNoire, Montpellier, janvier-mars 2007).


(…)

— Au fond, cette couleur verdâtre générale, c’est assez dégoûtant, ces viscères, ces entrailles humaines mises à découvert, c’est l’organique au profit de l’apparence. Sois persuadé René, que c’est pourtant celles qui nous constituent : c’est ce « mou » qui agit le « dur ».

— Pas seulement. Ce n’est pas qu’incongru ou monstrueux. Ces glandes, ces neurones, ces tissus cellulaires, sont habités par des petits êtres, petits génies ou petits démons noirs visibles, dans le crâne représenté de l’artiste. Des fantômes supposés hanter son esprit comme dans Bon à rien.

(…)


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Eudes Menichetti, Bon à rien, 2006, aquarelle sur papier, courtesy galerie ChantiersBoîteNoire, Montpellier.



Fantômes / Iglespum


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textes PL 49

Texto : la diversité contre le formatage / Lise OTT


(…)

C’est dans cette continuité de réflexion que s’inscrit le thème de « texto », initié dans ce numéro d’été. Car l’ambiguïté de réception vis-à-vis de l’art contemporain, le fait qu’il puisse susciter autant de rejet que d’incompréhension, est lié, à mon sens, à l’impératif frontal du sens littéral. Rarement à ces modes de déplacement des formes, des sensibilités et des pensées, que conduisent les propositions artistiques en réaction à des représentations encloses et  autistes du monde.

(…)

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Karl Haendel, Eyes group, 2003-2004, vue de l’exposition « Uncertain states of America » ou « L’art américain au 3e millénaire » au Musée de Sérignan.



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+ christian_holstad_serignan.jpeg (sans légende)



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matthew_day_jackson_serignan.jpeg (sans légende)

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Nom d’un chien / René DENIZOT


(…)

Texto, c’est la poétique du mot dans la rumeur du monde, plutôt que la poésie du sens dans le silence des mots. Un geste inaugural fait violence à la langue et à l’esthétique du sens. La célérité solitaire du mot célibataire, comme en rupture de ban la sidération d’un signe hors de la nuit des temps, fraye à nouveau la faille où le monde est en jeu et l’œuvre en effraction. Le mot, texto, le mot textuellement sorti du texte, le mot qui tire la langue au monde, le mot empreint de chair, le mot qui donne corps à l’arbitraire, le mot dont l’écrit ne dit rien, mais l’écriture fait signe, le mot qui donne de la voix fait retentir la faille originaire et la faillite du sens, la désorientation finale et initiale d’un Occident mondialisé.

(…)





Texto / BEN

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Légende : Ben pour Papiers Libres


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Jacasseries / Centre régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon

À propos de l’exposition « On dirait le Sud, cartographie sentimentale et documentaire », commissariat Bernard Marcadé (Centre régional d’art contemporain Languedoc-Roussillon, Sète, avril-octobre 2007).


C : la magnifique lituanienne

X : le pédagogue démagogique

Y : l’amateur

Z : la professionnelle


— C : Who are these fucking guys ?

— X : L’exposition porte sur le Languedoc-Roussillon, sa culture, ses rituels, ses clichés, ses artistes. Elle est réalisée par un Parisien, mais il connaît bien la région. Il démontre évidemment une très bonne maîtrise de la situation et un sens éprouvé de l’exposition.

— Z :  Dans sa récente et excellente biographie, Bernard Marcadé rappelle que Marcel Duchamp posait la question « peut-on faire des œuvres qui ne soient pas d’art ? ». Il est clair qu’ici, à Sète, endossant le rôle de commissaire, il pose le problème d’une exposition [entendu dans un centre d’art contemporain] qui ne soit pas d’art.

— Y : Elle est d’ailleurs réalisée avec des choses toutes faites, reproductibles et reproduites. Des documents mais pas d’originaux. Le livret pédagogique de l’exposition évoque en outre l’inframince duchampien à propos des cartes et des images qu’elles génèrent, au-delà d’elles-mêmes.




Une Documenta 12 résolument « politique » / Monique NICOL

À propos de la Documenta 12 (Kassel, été 2007).


(…) enfin, une œuvre emblématique du projet politique de l’exposition : une œuvre déjà existante que son auteur Allan Sekula a reprise et modifiée pour l’occasion (avec des photographies réalisées sur place à Kassel) et installée de façon « monumentale » sur le site du château de Wilhelmshöhe (17e siècle). Avec Shipwreck and Workers (Version 3 for Kassel), que Sekula qualifie de « monument au travail transportable et temporaire », il répond par un hommage aux travailleurs ordinaires – des fossoyeurs à la mère fraîchement accouchée d’un enfant avant terme et aux marins de bateaux modernes de commerce – à la monumentalité d’une suite de cascades (début du 18e siècle, 400 mètres de long et 180 mètres de dénivelé) qui fait face au château de Wilhelmshöhe situé en contrebas et est surmonté d’une massive construction grotesque portant une imposante statue en bronze d’Hercule (le héros des douze travaux).


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Allan Sekula, Shipwreck and Workers (Version 3 for Kassel), 2005-2007, vue de l’installation © Allan Sekula, photo : Julia Fuchs (26 tirages pour l’extérieur, Bergpark Wilhemshöhe, Kassel © Allan Sekula, Courtesy l’artiste, Galerie Michel Rein, Paris, Christopher Grimes Gallery, Santa Monica).


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Allan Sekula, Shipwreck and Workers (Version 3 for Kassel), 2005-2007, vue de l’installation © Allan Sekula, photo Frank Schinski / Documenta GmbH (26 tirages pour l’extérieur, Bergpark Wilhemshöhe, Kassel © Allan Sekula, Courtesy l’artiste, Galerie Michel Rein, Paris, Christopher Grimes Gallery, Santa Monica).