À voix haute / Marc GILOUX et Michèle COHEN
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Quoi ou qui d’autre pourrait venir troubler cette osmose collective, ce ronflement, ce ronronnement ? La prise de possession d’un lieu public, (un texte-discours « De Re Publica » de Ciceron « déclamé » au mégaphone en latin dans des lieux publics à Nîmes par Marc Giloux, ou un extrait du texte de Gilles Deleuze sur l’esthétique de Kant en italien « déclamé » aussi au mégaphone face à un public italien dans le Teatro del Trionfo à Cartocetot (PU), l’occupation « abusive » d’un lieu par un individu isolé qui se permet soudain de jouer les trouble-fête. L’occupation physique, le squat d’un lieu public, passerait encore, mais l’occupation sonore (tag sonore ?) est déjà plus contrariante. D’autant que la présence d’un mégaphone renvoie facilement aux mouvements sociaux, aux revendications syndicales, appelle généralement au rassemblement, à la mobilisation, donc peut être doublement considéré comme un facteur de trouble, dans le fond comme dans la forme, rebelle à tout principe d’autorité !
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Marc Giloux, De Re Publica, récitatifs-performances, Nîmes, 10.05.2008.
Trou blanc / René DENIZOT
Une seule façon, sauter du troisième étage. Si l’on s’en sort, un trou blanc avale l’espace. On naît à ce moment-là. Indemne comme au premier jour, sans rien laisser derrière soi. Le plus troublant est de se trouver là, coiffé, habillé, sur pied, avec ses lunettes et ses papiers, une montre suisse et des chaussures anglaises, né dans l’instant, sans savoir comment ni demander pourquoi, tel qu’on était de toute évidence, sans l’avoir jamais été.
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La nécessité de l’art se situe du côté du trouble. C’est la rigueur de l’œuvre qui provoque le trouble, pour autant qu’elle nous met hors de nous, qu’elle nous expose au monde et nous implique ici et maintenant dans une évidence matérielle et logique.
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eXpolitique description… / Marc MORET et Vladimir NAJMAN
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Élevés dans l’artifice d’une démocratie réalisée, certains laborieux légitimant la justesse de leur propos par le stock de travail, d’efforts et de peines accumulés, poussent à chaque fois les mêmes hauts cris devant le geste étonnamment paresseux de l’artiste dégagé. Soit ils nous hurlent, et c’est vraiment désagréable ces cris, ‘ce n’est pas de l’art’ ; soit, dans un moment de scrupule quant à leur fonction sociale de découvreurs, d’éveilleurs des consciences, de dévioleurs des réalités, ils proclament que ‘l’art est une religion’ ; soit encore et le plus souvent, ils sifflent ‘aujourd’hui, tout le monde est artiste’ argument censé affadir la puissance dévastatrice du dilettantisme. Tout part évidemment d’une frustration d’ailleurs exprimée sans aucun complexe : pourquoi rencontrent-ils, ces prétendus artistes, l’amour sans aucun effort alors que je m’épuise en transpiration à le rechercher sans même le croiser ? C’est vraiment trop injuste, ce type-là est un imposteur, etc. Les larmes coulent en rivières d’encres et de conférences baroques et pourtant, l’intuition était à deux pas de toucher le sein gauche de la question. Traakata. Et alors ? Ah ! Vous voudriez savoir ? Ben oui. Je ne vous le dirais pas, je ne parlerais même pas sous la torture car je n’ai rien à vous dire. Comme ça ? Celui qui s’implante le travail comme une bombe à retardement au point d’aimer ça n’entend plus rien d’autre que les tic-tac du détonateur, alors, que je parle ou pas cela ne change rien.

